Christian Normand, saline d'Ugarre, 2016

 

Estérençuby, Salines d’Ugarre


Par Christian Normand

Travaux de recherches archéologiques de terrain

Bilan scientifique 2016


Les « salines d’Ugarre », implantées en rive gauche d’Ugarreko Erreka au fond d’un assez profond talweg, étaient situées anciennement sur la commune d’Aincille mais elles ont été rattachées à celle d’Estérençuby dès la création de cette dernière en 1842. Quasiment oubliées à l’heure actuelle, ces salines eurent pourtant un rôle majeur dans l’approvisionnement en sel de la
Basse-Navarre. Celui-ci, présent au sein des marnes bigarrées du Keuper sub-affleurantes puis dissous dans les eaux circulant à peu de profondeur, a pu être relativement facile d’accès. De fait, il serait très étonnant que cette ressource n’ait pas été connue et utilisée au Moyen-Age
sinon même avant. Pour autant, les premières mentions assurées pour le moment ne datent que de 1683, année où un arrêt du Conseil d’État transféra au domaine royal ce qui était jusqu’alors une propriété partagée entre les maisons d’Aincille. Toutefois, les droits de celles-ci furent reconnus en 1687. À la fin du XVIIIe siècle, le baron de Diétrich indique une production reposant sur 29 chaudières avec des foyers établis directement sur le sol. Malgré ces méthodes, que l’auteur considère rudimentaires, les données qu’il mentionne permettent d’estimer à plus de 27 tonnes la masse de sel obtenue chaque année. À la suite de plusieurs dispositions législatives contraires, la production périclita et la saline ferma ses portes au milieu du siècle suivant. Par la
suite, plusieurs projets d’utilisation à des fins thermales virent le jour, et ce jusque dans la première moitié du XXe siècle, mais aucun n’aboutit et le site, abandonné. Les communes de Garos et Bouillon ont constitué depuis la fin du Moyen Âge et durant les Époques moderne et contemporaine l’un des principaux centres de production potière du bassin de l’Adour. Les vestiges de cette activité sont nombreux et densément répartis sur leurs territoires : en premier lieu les fours et les tessonnières, implantés généralement dans ou au voisinage immédiat des habitations, mais également les zones liées à l’extraction des matières premières nécessaires (argile et sable). Le projet d’aménagement d’une plateforme destiné à des forages pétroliers a donc donné lieu à la prescription d’un diagnostic archéologique, des ateliers de production étant recensés dans l’environnement proche de l’emprise, au niveau des maisons Daouby en contrehaut et Roudgé en contrebas. Les 23 sondages ouverts, équivalant à 6,7 % des 18 250 m² d’emprise, ont permis de reconnaître des témoins indirects de l’activité potière. Ils ont en effet mis au jour des fossés appartenant à un réseau parcellaire ancien. L’un de ces fossés a servi de zone de rejet pour des rebuts de cuisson provenant d’un atelier ayant fonctionné entre la fin du XVIe et le XVIIe siècle, qu’on devine avoir été situé à proximité immédiate. Bien qu’un hiatus de deux siècles les sépare, il pourrait être en relation avec le bâti qui figure sur le cadastre de 1827 implanté en limite occidentale de notre aire d’intervention. Comportant de nombreuses formes archéologiquement complètes, le corpus mobilier constitué à l’occasion de ce diagnostic contribue à affiner la typologie de la céramique produite à Garos durant l’Époque moderne.

Le sondage intervient dans la continuité du diagnostic archéologique effectué par l’Inrap en janvier 2015 suite au projet de création d’un lotissement rue Théophile de Bordeu sur la commune limitrophe d’Oloron Sainte Marie (Duphil, 2015). Lors de ce diagnostic, seule la tranchée 1, située le plus au sud, avait livré des indices d’occupation datant de l’Antiquité, très certainement en
lien avec la villa gallo-romaine situé à quelques mètres de là sur la commune de Goès et dont la fouille partielle conduite par Georges Fabre de 1986 à 1990 a montré que l’occupation s’étale du Ier au IVe siècle. Afin de raccorder le nouveau lotissement au réseau d’eau potable existant qui traverse en continu la parcelle d’Oloron (AH115) et celle de Goès (B05), une nouvelle intervention a été prévue sur la parcelle attenante de Goès où se trouve la pars urbana de la villa. Lors de notre intervention, nous avons pu constater que la tranchée avait malheureusement déjà été ouverte puis rebouchée. Seul un petit sondage en forme de « T » était resté ouvert à son extrémité nord/est pour effectuer le branchement du réseau. Par conséquent, se dégrada progressivement. Seul le puits d’où était tirée l’eau salée fut entretenu car utilisé jusqu’à une époque récente.
En juillet 2014, une très violente crue parcourut les abords du ruisseau et emporta une partie des vestiges d’une construction. En outre, apprenant qu’une piste forestière devait traverser le site, il nous est apparu nécessaire d’y intervenir avec entre autres objectifs d’en réaliser le plan. Parmi les éléments repérés, une assez vaste plateforme placée à une dizaine de mètres au dessus du niveau du ruisseau, pourrait être l’endroit où étaient installées les huit habitations, destinées aux ouvriers, que des textes indiquent avoir été détruites à la fin du XVIIe siècle. De plus, une grande tranchée parallèle au ruisseau et en bordure de laquelle se trouve le puits actuel, semble correspondre aux travaux de reconnaissance entrepris par la municipalité de Saint-Jean-Pied-de-Port en vue d’une reprise de l’exploitation. Dans ses bermes, des successions de lits charbonneux et de couches d’argiles rubéfiées sont sans doute à relier avec d’anciennes zones de chauffe. De son côté, la construction affectée par la crue correspond à un bâtiment d’un peu plus de 10 m de long pour au moins 7 m de large, probablement celui figuré sur le cadastre de 1842. Le nettoyage de sa coupe intérieure, dégagée par les eaux, a montré le même type de succession de couches charbonneuses/ rubéfiées que dans la tranchée. La mise en évidence de tranchées de fondation associées aux différents murs et perforant ces couches atteste une antériorité de ces dernières. L’absence de matériel diagnostique n’ayant pas permis de les dater, des charbons de bois ont été prélevés à fin d’analyses radiocarbone à la fois au sommet et à la base de la séquence.


Normand Christian

 

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